L'essentiel
- La DGI n’a pris aucune position sur les crypto-actifs : ni note circulaire, ni article de loi de finances, ni case dans la déclaration.
- Le fameux « 15 % de l’article 73 » est une analogie avec les actions cotées, pas une règle publiée.
- Le vrai risque est côté change : ce sont les mises en demeure de l’Office des Changes qui ont visé les détenteurs en 2026.
- Conservez vos justificatifs dès maintenant : achats, ventes, transferts et virements en dirhams.
Faut-il payer des impôts sur la crypto au Maroc ?
Il n’existe aucun régime fiscal propre à la crypto au Maroc. À ce jour, la DGI n’a publié ni taux ni doctrine sur les crypto-actifs, et le « 15 % » qui circule n’est qu’une analogie avec les actions cotées. Le risque concret vient plutôt de l’Office des Changes. Conservez dès maintenant vos justificatifs d’achat, de vente et de virement.
Disons-le franchement, puisque peu de sites le font : au moment de la rédaction, la Direction générale des impôts n’a publié aucune note circulaire, aucun rescrit, aucun formulaire consacré aux crypto-actifs. Nous avons parcouru le Code général des impôts mis en ligne pour 2026 et les synthèses de la loi de finances 2026 (loi n° 50-25, publiée au Bulletin officiel en décembre 2025). Rien sur les monnaies virtuelles.Deloitte Avocats, LF 2026 Le portail de la DGI reste la référence : tax.gov.ma.
Ce silence n’a rien d’un oubli. Une administration qui fixe un régime fiscal pour une activité la reconnaît, au moins implicitement. Or l’Office des Changes considère toujours les transactions en crypto comme une infraction à la réglementation des changes. Taxer d’un côté ce qu’on sanctionne de l’autre poserait un problème de cohérence que le législateur n’a pas encore tranché.
Donc, face à quelqu’un qui assure que « la crypto est imposée à tel taux au Maroc », une seule question : selon quel texte ?
La plus-value crypto est-elle imposée à 15 % au Maroc ?
Un site marocain de finances personnelles affirme que les plus-values crypto relèvent du taux de 15 % prévu à l’article 73 du CGI. Le chiffre a été largement repris. Regardons-le de près.
L’article 73 fixe les taux de l’impôt sur le revenu. Pour les profits de cession de valeurs mobilières, il distingue selon les titres. Un cabinet de conseil résume : 15 % pour les actions cotées, 20 % pour les actions non cotées, les obligations et certains OPCVM. Il ajoute une exonération lorsque le montant annuel des cessions ne dépasse pas 30 000 DH, et une déclaration dans les 30 jours suivant la cession.Upsilon Consulting
Le hic : les crypto-actifs ne figurent pas dans cette liste. Le bitcoin n’est ni une action, ni une obligation, ni une part d’OPCVM. Appliquer les 15 %, c’est postuler qu’un inspecteur traiterait vos ETH comme des actions Attijariwafa cotées à la Bourse de Casablanca. L’argument se défend, d’autres lectures aussi. Tant qu’aucun texte ne tranche, nous n’affichons pas de taux.
Les principes généraux du CGI face à la crypto : les questions ouvertes
Faute de règle dédiée, un fiscaliste partirait de la logique générale du CGI. Les résidents sont imposables sur leurs revenus, y compris de source étrangère, et ces revenus se rangent dans des catégories : professionnels, salariaux, fonciers, revenus et profits de capitaux mobiliers. La crypto ne rentre proprement dans aucune. Voici les questions qu’il se poserait. Nous ne prétendons pas y répondre : personne d’officiel ne l’a fait.
Le gain occasionnel est-il imposable ? Une médecin d’Agadir achète pour 4 000 DH de bitcoin, le garde deux ans et le revend 6 500 DH. Les 2 500 DH de gain relèvent-ils des profits de capitaux mobiliers, d’une autre catégorie, ou d’aucune ? Le régime des valeurs mobilières ne les vise pas clairement, et le Maroc n’a pas de taxation générale des plus-values sur tous les biens meubles.
Le trading fréquent devient-il un revenu professionnel ? Un vendeur P2P casablancais qui enchaîne les ordres USDT/MAD chaque semaine ressemble davantage à un commerçant qu’à un épargnant. En principe, une activité habituelle et organisée peut basculer dans les revenus professionnels, avec comptabilité et taux différents. Où passe la frontière pour la crypto ? Personne ne l’a testé devant un juge fiscal.
Et la rémunération en crypto ? Un étudiant de Fès qui code pour un client allemand, payé sur Payoneer puis converti en USDT, a perçu un revenu de prestation, quelle que soit la monnaie. Sa contre-valeur en dirhams au jour de l’encaissement serait logiquement la base ; notre guide crypto à Fès décrit ce profil de freelance. Le minage et le staking posent des questions plus délicates de date et de valorisation ; notre dossier minage au Maroc traite le volet légal.
Comment calculer la base ? Même avec un taux, le prix de revient est un casse-tête : prime P2P d’environ 6 % au-dessus du cours officiel du dollar, allers-retours entre plateformes et portefeuilles. Sans historique propre, aucune base n’est reconstituable. D’où l’importance de la suite.
Le change avant l’impôt : la vraie priorité
Pour la plupart des résidents, le risque concret ne vient pas de la DGI mais de l’Office des Changes. Depuis novembre 2017, il considère les transactions en monnaies virtuelles comme une infraction à la réglementation des changes.Office des Changes Au printemps 2026, il est passé aux actes. Des mises en demeure ont visé un nombre limité de résidents, pour des avoirs crypto détenus à l’étranger sans déclaration et des cessions à des résidents entre mars et août 2025. Un courrier daté du 28 avril 2026 laissait 30 jours pour produire des justificatifs.Infomédiaire
Le mot clé est « avoirs à l’étranger ». Pour le contrôle des changes, des USDT sur une plateforme internationale sont un actif étranger détenu par un résident, ce qui suppose en principe une autorisation. Fisc et change sont deux mondes distincts, mais ils se croisent vite : une lettre de l’Office demandera l’origine des fonds, et la réponse passera par vos relevés bancaires.
Le Maroc a déjà organisé des opérations de régularisation volontaire des avoirs détenus à l’étranger. Nous n’avons pas pu confirmer qu’une de ces opérations ait été appliquée aux crypto-actifs : ne présumez rien, demandez à un professionnel ce qui est possible aujourd’hui. Le contexte complet, y compris l’arrêt de la Cour de cassation de 2021, est dans notre guide crypto légale au Maroc.
Quels justificatifs conserver
Quel que soit le régime qui s’appliquera un jour, celui qui a des dossiers propres paiera moins, discutera moins et dormira mieux. Voici le minimum.
- Exportez vos historiquesTéléchargez chaque trimestre, en CSV, l’historique complet des ordres, dépôts et retraits de chaque plateforme. Un compte peut être restreint du jour au lendemain.
- Rapprochez chaque ordre P2P de votre banqueNuméro d’ordre, nom de la contrepartie, montant en dirhams et ligne correspondante sur votre relevé CIH, BMCE ou Banque Populaire.
- Listez vos adressesVos adresses de portefeuille et les identifiants de transaction prouvent qu’un transfert entre vos comptes n’est pas une vente.
- Notez la contre-valeur en dirhamsPour tout revenu perçu en crypto, la valeur en DH le jour de la réception, avec la source du cours.
- Gardez la preuve de l’origine des fondsBulletins de paie, factures de freelance, relevés de comptes étrangers d’avant votre résidence au Maroc.
Gardez des copies hors de la plateforme, idéalement à deux endroits. Côté sortie, notre guide pour vendre ses cryptos contre des dirhams détaille les preuves à garder, et notre dossier P2P au Maroc indique quoi capturer pendant un échange.
Un MRE doit-il déclarer ses cryptos au Maroc ?
Les Marocains résidant à l’étranger lisent souvent des conseils pensés pour les résidents, et l’inverse. Les deux situations n’ont presque rien en commun.
Côté impôt, c’est la résidence fiscale qui compte, pas le passeport. Le CGI la rattache notamment au foyer permanent d’habitation, au centre des intérêts économiques ou à un séjour de plus de 183 jours sur 365. Un MRE installé à Marseille, Bruxelles ou Rotterdam est normalement imposé sur ses plus-values crypto en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, selon des règles souvent explicites. En France, par exemple, il faut aussi déclarer ses comptes d’actifs numériques ouverts à l’étranger. Les conventions fiscales bilatérales du Maroc règlent les doubles impositions.
Côté change, les non-résidents jouent aussi avec d’autres règles : ils peuvent en principe détenir des avoirs à l’étranger et rapatrier des fonds via des comptes dédiés. Le moment délicat est le retour. Le MRE qui revient s’installer à Tanger avec un portefeuille crypto devient un résident détenteur d’avoirs étrangers. C’est avant le déménagement qu’il faut consulter, pas après.
Dernier point : la discrétion devient illusoire. La directive européenne DAC8 oblige les plateformes à transmettre les opérations de leurs clients aux administrations fiscales à partir de 2026, et le cadre CARF de l’OCDE étend ces échanges entre pays. L’adhésion du Maroc à ces échanges n’est pas actée, mais un MRE en Europe doit partir du principe que son fisc verra ses données de plateforme.
| Profil | Impôt en principe | Question de change |
|---|---|---|
| Résident au Maroc | Règles marocaines, sans doctrine crypto | Cryptos à l’étranger = avoirs étrangers |
| MRE résident en Europe | Règles crypto du pays de résidence | Rapatriement des fonds au Maroc |
| MRE de retour | Maroc dès la résidence | Déclaration des avoirs à l’arrivée |
| Touriste ou expatrié de passage | Pays d’origine | Limitée, attention aux espèces |
Ce que la loi 42.25 pourrait changer
Le projet de loi 42.25 est un texte d’agrément et de lutte anti-blanchiment, pas une loi fiscale. Selon la presse, il impose aux prestataires un agrément de l’AMMC, le KYC, l’archivage pendant 10 ans et les déclarations de soupçon à l’ANRF.Hespress Dans La Vie Éco, le spécialiste Badr Bellaj note que le texte exige la déclaration de toutes les transactions sans seuil, et que le traitement fiscal des plus-values reste flou.La Vie Éco
Notre lecture : le jour où des plateformes agréées opéreront au Maroc, les données de transaction seront accessibles et un régime fiscal deviendra à la fois possible et probable. Il passerait vraisemblablement par une loi de finances, peut-être avec une retenue à la source au niveau des plateformes, comme certains experts l’évoquent. C’est de la prospective sur un texte non adopté : pour l’heure, rien n’est annoncé.
Quand consulter un expert-comptable
Pour un test à 1 000 DH, inutile. En revanche, prenez rendez-vous si vos avoirs pèsent face à vos revenus déclarés, si vous tradez souvent ou si l’argent d’autres personnes transite par votre compte. Même chose si vous êtes payé en crypto ou si vous rentrez au Maroc avec un portefeuille. Et sans délai si une lettre de l’Office des Changes ou de la DGI arrive. Choisissez un expert-comptable ou un avocat qui connaît les dossiers de change, pas seulement les déclarations d’IR.
Apportez vos historiques exportés et vos relevés bancaires dès le premier rendez-vous. Pour la suite, une plateforme régulée à l’étranger qui fournit des relevés complets simplifie la vie. CEX.IO, par exemple, opère depuis 2013, est enregistrée auprès du FinCEN (NMLS 1804170) et dispose d’une entité européenne en Espagne. Elle accepte les utilisateurs marocains, mais pas les dépôts par carte Visa ou Mastercard marocaine : on l’alimente donc en crypto. Notre classement des meilleures plateformes crypto au Maroc compare les autres options. Pour les gros montants, voyez notre guide OTC crypto au Maroc et notre avis CEX.IO. Notre guide arnaques crypto rappelle aussi qu’un faux « conseiller fiscal » est un classique des escrocs.
Choisissez une plateforme qui fournit des relevés complets de chaque dépôt, ordre et retrait.
Plateforme agréée dans plusieurs pays · lien externeCette page est une information générale, pas un conseil fiscal ou juridique. Les règles pourraient évoluer vite avec l’avancée du projet 42.25 ; nous mettrons ce guide à jour.
Sources
Liens vers les sources officielles et médias cités dans ce guide. Un lien externe ne signifie aucun partenariat.
- Deloitte Avocats, LF 2026blog.avocats.deloitte.fr
- tax.gov.matax.gov.ma
- Upsilon Consultingupsilon-consulting.com
- Office des Changesoc.gov.ma
- Infomédiaireinfomediaire.net
- Hespressfr.hespress.com
- La Vie Écolavieeco.com
Questions fréquentes
Faut-il payer des impôts sur la crypto au Maroc ?
Personne ne peut l'affirmer officiellement. La DGI n'a publié ni note circulaire ni doctrine sur les crypto-actifs, et la loi de finances 2026 ne contient aucune mesure crypto que nous ayons trouvée. Les principes généraux de l'impôt sur le revenu pourraient viser certains gains, mais la catégorie et le taux n'ont jamais été précisés.
La plus-value crypto est-elle imposée à 15 % au Maroc ?
Pas selon un texte officiel. Le taux de 15 % figure à l'article 73 du CGI pour les profits de cession de certaines valeurs mobilières, comme les actions cotées. Les crypto-actifs n'y sont pas mentionnés. Certains sites l'appliquent par analogie, mais aucune position de la DGI ne le confirme.
Comment déclarer ses cryptos au Maroc ?
Il n'existe aucune case ni formulaire dédié aux crypto-actifs dans les déclarations fiscales marocaines. La question la plus pressante relève du change : l'Office des Changes considère les cryptos détenues sur une plateforme étrangère comme des avoirs à l'étranger. Pour des montants significatifs, consultez un expert-comptable ou un avocat.
Un MRE en France doit-il déclarer ses cryptos au Maroc ?
En principe, c'est en France qu'il les déclare. Un Marocain résident fiscal en France y est imposé sur ses plus-values crypto, selon les règles françaises, et doit y déclarer ses comptes ouverts à l'étranger. La convention fiscale franco-marocaine répartit le droit d'imposer. C'est la résidence fiscale, et non la nationalité, qui compte d'abord.
Le projet de loi 42.25 va-t-il créer un impôt crypto ?
Pas directement. Le projet 42.25 encadre l'agrément des prestataires, les stablecoins et la lutte anti-blanchiment, et les analystes ont relevé qu'il laisse la fiscalité dans le flou. Un régime fiscal viendrait plutôt par une future loi de finances, mais rien n'a été annoncé à ce jour.
Quand consulter un expert-comptable pour ses cryptos ?
Dès que les montants pèsent face à vos revenus déclarés, si vous tradez souvent, si vous êtes payé en crypto, si vous rentrez au Maroc avec un portefeuille, et sans attendre si vous recevez une mise en demeure de l'Office des Changes. Choisissez un professionnel qui connaît les dossiers de change, pas seulement les déclarations d'impôt sur le revenu.
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